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La genèse d’un football longtemps boudé par le monde du foot.

Le football féminin tel que nous le connaissons aujourd’hui, n’a pas toujours eu cette envergure. Le chemin qui a mené jusqu’à la Coupe Du Monde 2019, la 8ème organisée par la FIFA, fut long. Très long.

Les dates clés du football féminin.

9 Mai 1881 : Le tout début.

C’est par une rencontre entre deux formations représentant officieusement l’Angleterre et l’Écosse, que le football féminin international a officiellement débuté le 9 Mai 1881, à l’Easter Road Stadium d’Édimbourg (Royaume-Uni). À cette époque où le sport est réservé aux hommes, la nouvelle ne plaît guerre. La presse critique l’initiative, et le match retour disputé une semaine plus tard à Glasgow, n’a pu aller à son terme dû à l’envahissement du terrain par la foule qui, jusque-là, se contentait d’intimider les joueuses depuis l’extérieur du terrain.

30 Septembre & 25 Décembre 1917 : Le football féminin se fait une place en pleine guerre mondiale.

La date du 30 Septembre 1917 ; correspond à la première rencontre de football féminin disputée sur le sol français. Elle oppose deux équipes du Fémina Sport.

Face à l’horreur des tranchées, un industriel anglais, à la tête de l’usine Dick, Kerr & Co de Preston, appelle à jouer au football et promeut son équipe féminine. Les Dick Kerr’s Ladies voient le jour dans l’Ouest de l’Angleterre. Les filles divertissent ceux qui sont restés à l’arrière, et séduisent au point d’ameuter 10 000 personnes au stade le jour de Noël, pour les voir à l’oeuvre lors d’un match caritatif en soutien aux soldats partis au front.

Ce succès pousse à la création de plusieurs clubs féminins. En 1921, 150 clubs féminins sont recensés en Angleterre.

13 Avril 1918 : Lancement du premier championnat national.

Crée en 1918, la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France (FSFSF), lance le tout premier championnat national. Une nouveauté mondiale à cette époque. Ouvert dans un premier temps qu’aux équipes du bassin parisien, la compétition s’ouvre aux clubs de province deux ans plus tard. Le Fémina Sport évoqué plus haut, en est le champion initial.

1920-1921 : Les premiers records.

À l’occasion d’un match contre une sélection des meilleures françaises, les Dick Kerr’s Ladies, dont la réputation s’est faite lors de la #WW1, ont rassemblé le 29 Avril 1920 à Manchester plus de 25 000 spectateurs. L’année suivante, ces mêmes DKL, affrontaient les St Helen’s Ladies dans un Goodison Park (Liverpool) plus que plein. En effet, l’enceinte ne pouvant contenir que 40 000 spectateurs, a ce jour-là vu la rencontre se dérouler devant 53 000 personnes. Une affluence record pour un match amical qui n’a toujours pas été battue.

Les Dick Kerr’s Ladies, 1921

1921 – 1933 : Marche arrière.

Le 5 Décembre 1921, la fédération anglaise de football (The FA), fait machine arrière et interdit le football pratiqué par des femmes sur ses terres. En France, le football féminin n’échappe pas aux critiques. Le jeu « ne vaut rien » selon la presse. En 1925, la ferveur qui entourait l’après-guerre n’existe plus. Le cycliste Henri Desgrange déclare dans l’Auto :

« Que les jeunes filles fassent du sport entre elles, dans un terrain rigoureusement clos, inaccessible au public : oui d’accord. Mais qu’elles se donnent en spectacle, à certains jours de fêtes, où sera convié le public, qu’elles osent même courir après un ballon dans une prairie qui n’est pas entourée de murs épais, voilà qui est intolérable ! »

Le décès de la joueuse C.V. Richards en plein match durant l’année 1926, permet aux détracteurs du foot féminin d’appuyer la thèse du risque encouru par les joueuses qui s’adonnent au football, et provoque la perte de vitesse absolue du mouvement. En 1932, la FSFSF organise la 15ème et dernière édition du championnat de France (encore remporté par le Fémina Sport).

27 Mars 1941 : Stop.

Jour auquel, le régime de Vichy interdit vigoureusement la pratique du football féminin. Une affligeante liste des sports interdits aux femmes est publiée à cette date ; et le football en fait parti.

1947-1970 : Relance.

Durant cette période, les initiatives de relances sont nombreuses. Partout en Europe, des clubs bravent les interdits et restent actifs sans pour autant pouvoir disputer des compétitions. Les femmes se heurtent au départ à la fermeture d’esprit des fédérations, avant de les voir petit à petit changer à nouveau de politique. La fin des années 60 a offert l’énergie nécessaire au football féminin pour renaître de ses cendres au niveau européen : fondation du championnat italien (1968), reconnaissance du football féminin et des 59 clubs du royaume par The FA (1969), réhabilitation du football féminin en Allemagne de l’ouest (RFA) (1970) etc…

En France, le foot féminin se relance grâce aux initiatives du VGA Saint-Maur et de la création de son équipe féminine en 1967. Mais aussi de la ville de Caluire qui le remet au goût du jour en région lyonnaise par « un match de démonstration » le 1er Mai 1968. Les filles du FCF Reims débutent leur combat pour la reconnaissance de leur pratique dans le même temps, avant d’être intégrées au Stade de Reims deux ans plus tard (1970). Alors qu’à l’ouest, le foot fém’ trouve sa place dans la ville de Soyaux (1968).

1970 : Les jours de gloire sont arrivés.

La toute première Coupe Du Monde est organisée. Cependant il s’agit d’un mondial non reconnu par la FIFA, et donc considéré comme non-officiel. Le tournoi qui se dispute en Italie, voit le Danemark l’emporter en finale contre le pays hôte sur le score de 2-0 devant près de 110 000 personnes. D’autres se succéderont, dans les années 80, dont les célèbres « Mundialito » italiens réunissant à intervalles réguliers les meilleurs nations du globe (France, Allemagne, Italie, États-Unis…)

L’année 1970, est également marquée par la reconnaissance du football féminin par la Fédération Française de Football. Ce 29 Mars 1970, la FFF reconnaît la pratique du football joué par des femmes et la cinquantaine de clubs recensés.

1974 : Premier championnat sous l’égide de la FFF.

Quatre ans après avoir reconnu l’existence du football féminin, la Fédération Française de Football prend la responsabilité de relancer le championnat national. Les pionnières du Stade De Reims en sont les premières championnes à l’issue de la première édition.

1991 : La première Coupe Du Monde officielle.

Longtemps boycottée par la FIFA, la coupe du monde féminine finit par entrer dans le cahier des charges de Fédération Internationale de Football Association au début des années 90. C’est en Chine que les États-Unis sont couronnés pour la première fois de leur histoire en finale contre la Norvège, grâce à un doublé de Michelle Akers (victoire 2-1).

USWNT, 1991.

1999 : 90 185

L’année 1999 est l’année du record d’affluence officiel enregistré par la FIFA sur une rencontre féminine. Ce record vieux de plus de 20 ans, est toujours détenu par le Rose Bowl de Pasadena, qui a accueilli à la date du 10 Juin 1999, 90 185 spectateurs pour la finale du mondial opposant les USA à la Chine. Après un score vierge, les deux nations se sont départagées aux tirs aux buts : nouvelle victoire des Américaines (5-4). Leur 2ème sacre en 3 éditions.

2001 : Les débuts de la Ligue Des Championnes

Une réunion du comité exécutif de l’UEFA tenue le 23 Mai 2000, approuve la proposition de la création d’une coupe féminine européenne. La saison suivante (2001/2002), 33 équipes prennent part à ce que l’on appelle la Coupe féminine de l’UEFA avant de la voir devenir l’UEFA Women’s Champions League en Décembre 2008. Le FFC Francfort est le premier nom inscrit dans la liste des vainqueurs après avoir pris le dessus sur Umeå IK (club suédois) le 23 Mai 2002.

2017 : Les prémisses d’une égalité salariale.

En Octobre 2017, les yeux du monde du foot féminin sont braqués sur la fédération norvégienne qui, grâce à l’initiative de son équipe masculine, met en place l’égalité salariale en sélection. En effet, les masculins prennent la décision de renoncer à leurs revenus commerciaux qui libère de la marge pour augmenter les primes des féminines. Dès lors, joueurs et joueuses de Norvège perçoivent une rémunération identique pour leurs prouesses avec le maillot national.

2018 : Ballon d’or.

Ada Hegerberg, première Ballon d’or féminine de l’histoire !

2019 : Nouveaux records.

Le Wanda Metropolitano de Madrid, habituellement réservé à l’équipe masculine de l’Atlético, est mis à disposition pour le choc Atlético-Barça de Primera Iberdrola le 17 Mars 2019. 60 739 spectateurs assistent à la victoire 0-2 des Blaugrana. Cette affluence historique pour une rencontre de championnat constitue un nouveau record.

Quand on parle de records, difficile de ne pas citer le record d’audience réalisé lors de la dernière Coupe Du Monde. 1,12 Milliard de personnes aux quatre coins du monde assistent à l’événement lors de l’été 2019. C’est 30% supérieur aux audiences réalisées lors du mondial canadien en 2015.

Après des débuts surprenants en temps de guerre, le football féminin a connu un ralentissement. Mais la persévérance des dames de l’époque a eu raison des réfractaires. Bien que des sceptiques existent toujours, le foot féminin a aujourd’hui une vraie place dans l’éco-système du sport mondial. Les efforts des pionnières n’ont pas été vains. L’héritage qu’elles ont laissé est grand. À nous de le faire perdurer dans le temps.

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