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Zoom sur la seule native de l’hexagone à avoir fait le pari du système universitaire américain, et à s’être présentée à la Draft 2020.

Jeudi 16 Janvier 2020 avait lieu la Draft de la National Women’s Soccer League. Un moment déterminant de la vie des futures diplômées des universités américaines, qui allaient pour 36 d’entre elles, devenir footballeuse professionnelles en recevant l’appel d’une franchise de NWSL. Parmi les 241 candidates, une française : Élise Legrout. Pour vous, PiedsCarrés-Féminin est allé à la découverte de la native de Dieppe. Son parcours, son expérience aux USA, la draft, son avenir : PCF a posé toutes les questions.

PiedsCarrés-Féminin : Bonjour Élise, tout d’abord, peux-tu te présenter à nos lecteurs qui ne te connaissent pas encore ?

Élise Legrout : Je m’appelle Élise Legrout, j’ai 22 ans, je suis actuellement aux États-Unis à UCF (Université Centrale de Floride). Je joue en universitaire et en parallèle je fais un master Inter Disciplinary Study, dans lequel il y a du management du marketing et de la communication. J’ai passé deux ans à Juvisy et un an à Saint Maur avant de partir pour les USA.

PCF : Pourquoi avoir choisi les États-Unis ?

EL : Il y a deux ans j’étais en licence à Créteil, et dans le même temps je travaillais en alternance sur Paris en plus du foot à la VGA Saint Maur. Ça me faisait des semaines de malades, j’avais des journées énormes au niveau des horaires et j’en étais très fatiguée. J’ai ressenti que si je voulais vraiment progresser dans le foot et vivre de ma passion, il fallait que je sois diplômée rapidement tout en continuant la pratique du football. Du coup, je suis partie aux États-Unis car là-bas, je pouvais combiner mes études et le foot sans jamais perdre l’équilibre entre les deux. Équilibre que je n’avais plus en France.

PCF : Donc le système américain te convenait mieux ?

EL : C’est ça. Ici tout est adapté pour que j’aille en cours, pour que je fasse mes séances d’entraînement. C’était beaucoup plus simple pour progresser et continuer ma scolarité.

PCF : Comment se passent tes études, et combien de temps te reste-t-il avant l’obtention de ton diplôme ?

EL : Mes études se passent bien, je serai diplômée en Mai. On a généralement cours le matin et entrainement l’après-midi. Les matchs sont souvent programmés les Jeudis et les Dimanches. Le mercredi soir on part en déplacement pour le match du lendemain, nos professeurs sont au courant et font des efforts pour nous maintenir connectées aux cours, et nous mettent à l’aise pour qu’on puisse dans le même temps, s’épanouir sur le terrain. Les semaines sont vraiment rythmées entre cours et foot toute l’année ou presque.

Élise Legrout : « La Draft ? Pas une déception. »

PCF : Concernant la draft qui a eu lieu hier ; ton nom n’a pas été cité parmi les joueuses sélectionnées. Est-ce une déception ?

EL : Non ce n’est pas une déception. Quand je me suis inscrite c’était surtout pour être dans la continuité de mon parcours scolaire et sportif. J’allais être diplômée et j’en avais fini avec mes années sportives ici [à l’Université Centrale de Floride]. Après si mon nom avait été cité ça aurait été une belle surprise mais je ne suis pas du tout déçue, car aux vues de la saison que l’on a fait ça aurait été difficile. On n’a pas fait un très beau parcours. Nous avions une équipe très jeune donc nous avions été moins regardées. De plus en tant qu’étrangère c’est plus compliqué car les places sont comptées. Donc je savais qu’il y avait très peu de chances. Donc pas de déception.

PCF : Que penses-tu de ta saison sur le plan personnel ?

EL : Je pense avoir atteint certains objectifs, mais j’aurais pu faire mieux. Après sur le plan comptable j’ai 4 passes décisives à mon actif. Ma saison aurait pu être meilleure mais encore une fois, j’avais des joueuses assez jeunes autour de moi pour qui le College Soccer était nouveau. Alors que moi j’étais dans ma dernière année. Pas évident de se retrouver dans un effectif aussi jeune ou tout le monde ne parle pas encore le même football, pas la même langue etc… On n’a pas brillé cette saison collectivement et ça a joué sur mes prestations individuelles. Néanmoins, il y a de bons profils dans cette équipe. Il faudra la suivre l’année prochaine voire dans deux ans, elle pourrait être vraiment complète.

PCF : Tu peux jouer 6, 8 ou 10. Ta préférence se situe plutôt sur quel poste ?

EL : Ça dépend du profil de l’équipe, je m’adapte bien en fonction du système et de mes partenaires. Si je suis dans une équipe qui axe son jeu sur la conservation de balle, j’aime être 6 ; aller d’un côté à l’autre, trouver des passes dans les intervalles, faire le jeu etc… Mais dans le fond ça dépend vraiment de l’équipe.

PCF : Dans quelle franchise aurais-tu aimé atterrir si jamais tu avais été draftée ?

EL : Orlando [Pride] ça m’aurait plu car je connais beaucoup de joueuses là-bas et je suis allée à plusieurs reprises les voir jouer, donc je me sens un peu connectée à cette équipe là. Après c’est sûr que des équipes comme Portland, Chicago qui connaissent beaucoup de succès ça fait aussi rêver.

PCF : À l’heure actuelle, tu peux toujours être appelée par une équipe de NWSL pour disputer les pre-season camps, t’attends tu à quelque chose de ce côté-là ? As-tu des contacts ?

EL : Et bien aujourd’hui j’ai reçu un mail d’une équipe pour effectuer des tests hors pre-season camps, j’ai demandé conseil à mes coachs de l’université histoire savoir si c’est une bonne chose pour moi. C’est tout frais, donc je suis encore en pleine réflexion.

PCF : De quelle franchise s’agit-il ?

EL : Je ne sais pas si j’ai envie d’évoquer le nom de l’équipe sachant que je n’ai pas encore décidé de ce que je voulais. Je ne veux pas me porter la poisse en en disant trop trop vite, mais disons que je te tiendrais au courant (rires). Dans tous les cas je suis ici jusqu’au mois de Mai, alors pourquoi pas aller faire ces essais. Mais je ne veux pas faire de plans sur la comète pour l’instant.

PCF : Pour conclure au niveau de la draft, ta co-équipière Konya Plummer est devenue la première jamaïcaine à être draftée en NWSL (à Orlando en pick n°10). Que peux-tu nous dire sur elle ?

EL : Konya c’est une des joueuses qui m’a le plus impressionné ici. J’ai affronté de bonnes joueuses dans le championnat universitaire mais Konya c’est vraiment la joueuse qui m’a le plus impressionné. Que ce soit dans son jeu, dans son impact ou dans sa maturité ; elle a d’ailleurs disputé la Coupe Du Monde l’été dernier en étant capitaine, ce n’est pas rien. Franchement c’est une super joueuse, c’est l’une des rares internationales a avoir été draftée. C’est un exemple et je suis vraiment contente du fait qu’elle puisse accéder au niveau d’au-dessus, en plus au Pride d’Orlando qui reste géographiquement proche de notre campus et pas loin de la Jamaïque. Elle restera dans son environnement c’est super.

PCF : Donc tu confirmes c’est une bonne pioche pour le Pride ?

EL : Oui. C’est une franchise qui ne va pas très bien depuis 2 ou 3 ans, elle va leur apporter une certaine solidité défensive.

Élise Legrout : « Le côté athlétique aux États-Unis est beaucoup plus développé qu’en France […] J’ai d’ailleurs pris 6 kilos de masse musculaire en 2 ans. »

PCF : Tu as un peu goûté à la D1 avant de traverser l’Atlantique, peux-tu nous parler des différences entre le football en France et le soccer aux USA ?

EL : Le côté athlétique aux États-Unis est beaucoup plus développé qu’en France. Pour eux c’est vraiment important de courir vite, de sauter haut et d’être puissant. Le travail sur les sprints, sur la musculation et tout le reste, c’est du jamais vu en France. J’ai d’ailleurs pris 6 kilos de masse musculaire en 2 ans. Mais c’est aux dépens du travail technique car je sens qu’il y a un fossé entre ce que j’ai vu en D2 et D1 en France et ce que je vois ici. En France on est au dessus techniquement.

PCF : La philosophie et la mentalité sont elles différentes aux USA ?

EL : Oui, la mentalité est très positive aux États-Unis. Les coachs cherchent constamment à positiver et valoriser l’individu, malgré les erreurs. Ils attendent de nous de la détermination et nous poussent à nous surpasser. Ce sont vraiment des mots qui reviennent très souvent. En France on pointe plus facilement les défauts, ce qui peut faire perdre confiance alors qu’ici, on nous met en confiance pour nous pousser à révéler notre meilleur profil, et nous aider à atteindre la meilleure version de nous-mêmes. J’ai vraiment aimé ça ici. En revanche il y a des fois où j’ai trouvé bizarre que les coachs ne nous disputent pas dans le vestiaires. En ayant grandi dans la culture française j’ai aussi besoin par moment qu’on me rentre un petit peu dedans. Pour moi il faudrait un mix des deux, cependant il est primordial d’apporter un peu de culture américaine en France car il y a d’énormes talents chez nous qui n’osent pas s’exprimer par manque de confiance. Et au final ce sont des profils qui s’éteignent alors qu’ils pourraient très bien briller ne serait-ce qu’en D2.

PCF : Et du coup, quelle plus-value ton passage aux US t’a apporté ? Sur quels aspects de ton jeu penses-tu avoir le plus progressé ?

EL : Athlétiquement et physiquement j’ai vraiment progressé. C’était l’objectif de changer morphologiquement et ça a marché. L’explosivité, la vitesse et l’impact physique sont des choses qui me manquaient aujourd’hui ce ne sont plus des lacunes, je me sens plus explosive, plus solide sur mes appuis et dans les duels. Aujourd’hui je me sens capable de faire des différences avec ma vitesse alors qu’avant je préférais passer le ballon. J’ai beaucoup plus confiance en mes qualités aujourd’hui. Après sur le plan humain ça m’a fait beaucoup de bien, de découvrir une autre culture, de découvrir un monde différent, d’être avec des gens qui voient tout plus grand. J’ai aussi amélioré mon anglais, c’est un plus à ne pas négliger. Vraiment, c’est une expérience que je recommande à toutes les filles en France qui ont l’opportunité de la vivre.

PCF : Petit flash back. Il y a 4 ans tu remportais l’EURO U19 2016 en Slovaquie avec l’équipe de France. Est-ce à l’heure actuelle ton meilleur souvenir footballistique ?

EL : Cet Euro c’est vraiment un bon souvenir. Malgré la première défaite sur le premier match [contre la Norvège 0-1], on a fait une compétition vraiment complète du début à la fin. Ça reste un très très bon souvenir, soulever ce trophée avec l’équipe nationale. Et plus j’y réfléchis plus je me dis que tu as amplement raison, c’est mon meilleur souvenir. C’était le meilleur moment au niveau des émotions, et au niveau de l’impact sur nos familles. Voir à quel point ils étaient fiers de nous lorsque nous sommes rentrés en France c’était vraiment intense comme sensation.

Élise Legrout : « L’objectif est de rentrer en France et de montrer comment j’ai progressé, comment j’ai grandi, et comment je me suis développée. »

PCF : Tes co-équipières lors de cette compétition, en l’occurrence Hawa Cissoko, Élisa de Almeida, Clara Mateo ou encore Marie-Antoinette Katoto ; sont aujourd’hui des titulaires en D1 Arkema. Certaines même comme Delphine Cascarino et Grace Geyoro ont disputé le Mondial 2019 avec l’équipe de France. En voyant leur réussite et l’amélioration des conditions des footballeuses en France, penses-tu à un retour dans le pays qui t’a vu naître ? Et avec quelles ambitions ?

EL : Oui, vraiment. L’objectif après être diplômée en Mai c’est de rentrer en France et de montrer comment j’ai progressé, comment j’ai grandi, et comment je me suis développée. Le tout dans le but de m’imposer dans un club que ce soit de D2 qui jouera la montée en D1 ou dans un club de D1 directement si j’en ai l’opportunité. Quand je vois Clara, Hawa, Grace, Delphine, bien qu’elles étaient un peu au dessus à l’époque, ça me pousse à travailler plus, à y croire, et me dire que tout est possible. Maintenant que j’ai mon diplôme en poche, je vais pouvoir me consacrer à 100% à ma passion.

PCF : Ce serait une vraie réussite de revenir et de parvenir à t’imposer comme les autres de ta génération, en ayant eu un parcours différent. Ce serait aussi montrer qu’il n’y a pas qu’une seule voie pour arriver au sommet n’est-ce pas ?

EL : C’est vrai, j’espère que je pourrais être vue comme un exemple d’une voie différente. Permettre à d’autres de comprendre que pour atteindre nos objectifs il n’y a pas qu’un seul chemin tout tracé. Il faut être capable de suivre ses envies. Jusque là ça m’a réussi car j’ai eu mon master et j’ai pu dans le même temps me développer donc j’ai rempli jusqu’ici tous mes objectifs. On en verra la finalité dans quelques années, enfin… Dès l’année prochaine j’espère.

PCF : Merci pour cette échange Élise, bonne continuation à toi en espérant te revoir très vite en France et en D1 !

EL : Merci à toi. C’était un moment très agréable, à bientôt.

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